Morts causées par la police : ce que disent les chiffres
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Morts causées parlapolicece que disent les chiffres

Aux États-Unis, la police tue plus de mille personnes par an.En France, les inspections ont recensé 69 morts lors d'une mission de police ou de gendarmerie en 2024.Ce que comptent les chiffres officiels, les bases de journalistes et les tribunaux, et pourquoi ils ne disent pas la même chose.

Minneapolis, 25 mai 2020. George Floyd meurt lors de son interpellation. En avril 2021, un jury du comté de Hennepin reconnaît l'agent qui l'avait maintenu au sol, un genou sur le cou pendant plus de neuf minutes, Derek Chauvin, coupable de meurtre et d'homicide involontaire. En juin 2021, ce policier est condamné à 22 ans et demi de prison.

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Nanterre, 27 juin 2023. Nahel Merzouk, 17 ans, est tué par le tir d'un policier, lors d'un refus d'obtempérer présumé ; le policier est mis en examen pour homicide volontaire ; trois ans plus tard, la justice n'a toujours pas fixé de quoi il est accusé. Après sa mort, l'Assemblée nationale crée une mission d'information sur les refus d'obtempérer, qui rendra ses conclusions en mai 2024.

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Ces deux morts ont un lieu, une date et une suite : un verdict d'un côté, un rapport parlementaire de l'autre. Les autres sont, d'abord, des lignes dans des décomptes. Aux États-Unis, plus d'un millier de lignes chaque année. En France, quelques dizaines.

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Ces décès ne ressemblent à aucun autre. Le sociologue Max Weber définissait l'État comme la communauté humaine qui revendique avec succès, sur un territoire donné, le monopole de la violence physique légitime ; la police exerce cette violence au quotidien, au nom de tous. Quand une intervention tue, c'est donc en notre nom qu'une vie s'est arrêtée, et compter ces morts revient à mesurer l'usage que l'État fait de ce pouvoir.

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Derrière les lignes, des visages se dessinent. Ce sont presque toujours des hommes, souvent jeunes, souvent issus de minorités ou de quartiers populaires. On en parle pourtant mal : chacune est aussitôt rangée dans un camp, avant que la justice ait parlé.

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Dans un même total, tout se côtoie. Un tir en riposte à une attaque armée, une voiture qui s'écrase en fuyant un contrôle, un malaise en cellule, une interpellation qui tourne mal : chacun compte pour un, et le chiffre ne dit pas lequel relevait de la loi, lequel relevait de la faute.

01

États-Unis :plus de mille morts par an, et aucun décompte officiel complet

Aux États-Unis, le compte que l'État ne faisait pas, ce sont d'abord des journalistes qui l'ont fait. En 2015, le Washington Post ouvre « Fatal Force », une base des personnes tuées par balle par un policier en service. Au bout d'un an, elle en relève près de mille. C'est deux fois plus que tout ce que le gouvernement fédéral avait jamais documenté pour une seule année.

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Le journal a tenu ce compte pendant une décennie, puis s'est arrêté avec l'année 2024. L'autre grande base, Mapping Police Violence, tenue par l'association Campaign Zero, compte toutes les morts et pas seulement les tirs. Selon son bilan de février 2026, la police a tué au moins 1 314 personnes en 2025, un peu moins que l'année précédente : la première baisse depuis 2019. Le bilan reste provisoire, certaines morts n'étant connues que des semaines ou des mois plus tard.

personnes tuées par la police chaque jour, en moyenne, en 2025
3,6

seuls six jours de l'année se sont passés sans aucune mort

de ces morts par balle
87 %

les véhicules et les pistolets à impulsion électrique en causent 8 % chacun, plusieurs moyens se cumulant parfois

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La quasi-totalité des cas est d'abord rapportée par la presse locale. L'association s'en inquiète : à mesure que ferment les rédactions des petites villes, certaines risquent de n'être jamais comptées.

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L'État fédéral, lui, n'a toujours pas de total : le FBI ne recueille ces morts qu'auprès des polices qui acceptent de les déclarer, et n'en publie que des pourcentages. De 2015 à 2021, selon le Washington Post, il n'avait enregistré qu'environ un tiers des tirs mortels.

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L'état civil ne fait pas mieux. Une étude publiée dans The Lancet en 2021 a confronté les certificats de décès aux bases indépendantes. Entre 1980 et 2018, elle estime 30 800 morts dues à la violence policière ; plus de la moitié n'apparaissent pas comme telles dans la statistique officielle.

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02

Le même pays, pas le même risque

Le risque ne se répartit pas au hasard. Selon Mapping Police Violence, 93 % des personnes tuées en 2025 étaient des hommes, et plus de la moitié avaient entre 25 et 44 ans. Deux fois sur trois, la rencontre avait commencé par un appel : un numéro d'urgence, un passant qui fait signe, une alarme. Une sur cinq montrait des signes de troubles psychiques.

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Les trois quarts étaient armées, ou présentées comme telles, un peu plus de la moitié d'une arme à feu. Elles étaient 22 % à ne pas l'être, au sens de l'association, qui range parmi les personnes désarmées celles qui tenaient une réplique, un jouet ou un téléphone.

DIN DATApar million

Personnes tuées par la police aux États-Unis en 2025, pour un million d'habitants

Amérindiens et autochtones d'Alaska
8,6
Noirs
7,5
Hispaniques
3,7
Blancs
2,9
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Rapporté à la population, le risque d'être tué par la police est 2,6 fois plus élevé pour un Noir américain que pour un Blanc, et plus élevé encore pour un Amérindien. Les groupes les plus exposés sont aussi les plus jeunes : plus de la moitié des victimes noires et amérindiennes avaient moins de 35 ans, quand la majorité des victimes blanches avaient 35 ans ou plus. L'étude du Lancet trouvait un écart du même ordre sur quarante ans, à âge égal.

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Un taux par habitant mesure un risque, il n'en donne pas la cause. L'écart est établi par toutes les sources ; son explication reste débattue, et ces chiffres ne suffisent pas à la trancher.

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03

Légal ou fautif :la question qu'aucun total ne tranche

Un décompte additionne. Il ne juge pas. Une mort survenue lors d'une intervention de police n'est pas, en soi, une violence illégitime : le droit autorise les policiers à employer la force, y compris une arme, dans des conditions précises.

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Aux États-Unis, la référence est un arrêt de la Cour suprême de 1989, Graham v. Connor. La force employée y est jugée « du point de vue d'un policier raisonnable présent sur les lieux », et non avec le recul de celui qui connaît la suite. La Cour y rappelle que les policiers doivent souvent décider en une fraction de seconde.

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En France, le code de la sécurité intérieure autorise les policiers à faire usage de leurs armes « en cas d'absolue nécessité et de manière strictement proportionnée », dans des cas qu'il énumère.

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Entre l'usage légal de la force et la faute, seule une enquête, puis un juge, tranche. L'Inspection générale de la police nationale le dit elle-même de son propre recensement : il « n'a pas vocation à déterminer la légitimité des usages de la force ou des armes », car « le caractère légitime ou non de l'usage de la force n'est en rien déterminé par le résultat qu'il produit ».

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Beaumont-sur-Oise, 19 juillet 2016, un jour de forte chaleur. Adama Traoré, 24 ans, meurt environ deux heures après son interpellation par des gendarmes, dans la cour de la caserne de Persan. Les médecins se sont ensuite succédé sans s'accorder : les expertises ordonnées par la justice ont disculpé les gendarmes, celles de la famille ont conclu à une asphyxie, quatre experts belges ont retenu en 2021 un « coup de chaleur » qui n'aurait « probablement » pas été mortel sans l'interpellation. Faute d'une cause, les experts ont fini par en retenir plusieurs : « de multiples facteurs », dont chacun, « pris isolément, n'était pas en soi mortel ».

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Les trois gendarmes, jamais mis en examen, ont bénéficié d'un non-lieu en août 2023. En mai 2024, la cour d'appel de Paris l'a confirmé : leurs gestes avaient contribué à la mort, mais étaient restés dans le cadre de la loi. Le 11 février 2026, la Cour de cassation a rendu ce non-lieu définitif, et la famille a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l'homme. En droit, contribuer à une mort et commettre une faute ne sont pas la même chose.

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Paris, 3 janvier 2020. Cédric Chouviat, livreur de 42 ans, est contrôlé à scooter par quatre policiers ; plaqué au sol sur le ventre, casque sur la tête, il répète neuf fois « j'étouffe ». Il meurt deux jours plus tard à l'hôpital. Trois policiers sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris pour homicide involontaire, la quatrième ne sera pas jugée ; le 26 octobre 2026, le procès a été renvoyé du 21 au 23 juin 2027, la famille soutenant que les faits relèvent d'une cour criminelle. Avant de juger, il faut encore décider si cette mort était un accident ou un crime.

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04

États-Unis :quand le policier est poursuivi

Philip Stinson, criminologue à l'université d'État de Bowling Green, recense les policiers arrêtés aux États-Unis. Entre janvier 2005 et fin juillet 2026, 218 policiers locaux ont été inculpés de meurtre ou d'homicide involontaire après un tir mortel en service, quand la police tuait par balle de l'ordre d'un millier de personnes chaque année. À cette date, 78 avaient été condamnés ; 107 avaient été acquittés ou mis hors de cause par l'abandon des poursuites, les autres affaires étant en cours.

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Les poursuites pénales contre un policier après une mort restent rares, même si, selon Mapping Police Violence, elles sont devenues un peu plus fréquentes depuis 2019.

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Le nombre de personnes tuées, lui, n'a pas reculé après 2020. Rapporté à la population, il était stable de 2013 à 2020, a augmenté légèrement en 2021, puis plus nettement de 2022 à 2024 ; la baisse de 2025 repose sur un bilan provisoire.

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05

France :un registre ouvert en 2018

Le recensement national de la police nationale date de 2018. Cette année-là, elle lance à titre expérimental un recensement des personnes gravement blessées ou décédées « au cours de l'exercice des missions de la police nationale ». Un arrêté du 14 décembre 2023 le pérennise. La gendarmerie publie le sien dans le rapport annuel de son inspection, l'IGGN.

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En 2024, l'IGPN recense 47 personnes décédées lors d'une mission de la police nationale : quarante-six hommes et une femme, aucun mineur. Le détail montre à quel point ce total rassemble des morts qui ne se ressemblent pas.

DIN DATAmorts

Comment sont mortes les 47 personnes du bilan 2024 de la police nationale (IGPN)

Arme d'un policier
0
Repère
Accident de la route
0
État de santé
0
Suicide ou chute
0
Autre ou indéterminée
0
◆

Seize ont été tuées par l'arme d'un policier. Onze sont mortes sur la route, dont neuf lors de la fuite d'un véhicule face à un contrôle ; parmi elles, un conducteur de scooter étranger à la fuite, percuté par le véhicule qui fuyait. Pour les autres, en cause : leur état de santé, un suicide ou une chute. Quinze de ces décès sont survenus dans des locaux de police.

DIN DATAmorts

Personnes décédées lors d'une mission de la police nationale (recensement de l'IGPN)

2018
0
2019
0
2020
0
2021
0
2022
0
2023
0
2024
0
◆

De 17 morts la première année, le recensement est passé à 47 en 2024. La hausse tient aussi à un meilleur recensement : les services de police déclarent de plus en plus de cas, et en décembre 2024, le directeur général de la police nationale leur a rappelé à tous leur obligation de le faire.

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En 2024, l'IGPN a enquêté sur quatorze tirs mortels de policiers. Dans la moitié des cas, la personne en face tenait une arme blanche ; ailleurs, une arme à feu, un cocktail Molotov, mais aussi une arme factice, un téléphone portable. Dans douze de ces enquêtes, la justice a conclu à la légitimité du tir ; les deux autres étaient encore en cours.

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Pour la gendarmerie, l'IGGN fait état de 22 morts en 2024, contre 13 l'année précédente. Douze ont été tuées après un usage des armes. D'après les fiches de l'IGGN, sept de ces décès sont survenus en Nouvelle-Calédonie, la plupart lors d'affrontements où les gendarmes essuyaient des tirs, pendant la flambée de violences de 2024.

personnes tuées par l'arme d'un policier ou d'un gendarme en France en 2024
28

seize par la police nationale, douze par la gendarmerie

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06

France :le décompte des journalistes

Le média indépendant Basta! tient sa propre base des morts « suite à l'action des forces de l'ordre », construite cas par cas à partir de la presse et de rapports officiels ; comme le recensement officiel, elle ne juge pas de la légitimité de l'usage de la force.

morts recensées par Basta! entre 1977 et 2022
861

dont 27 lors d'opérations antiterroristes et 80 du fait d'un agent en dehors de son service

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En octobre 2025, une enquête de Politis, menée avec Basta! et le Bondy Blog, relevait au moins 560 morts lors d'une mission des forces de l'ordre depuis 2005, l'année où deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, sont morts en tentant d'échapper à un contrôle. Selon cette enquête, « le profil type du défunt s'apparente à un jeune homme non blanc de classe populaire ». Près d'une fois sur trois, la mort survient à la suite d'un contrôle ou d'une tentative de contrôle, et la moitié de ceux qui sont décédés en fuyant avaient moins de 22 ans.

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Pour la seule année 2024, l'enquête en dénombre plus de 65, et les deux inspections réunies, police et gendarmerie, 69. Sur cette année-là, journalistes et administration arrivent au même ordre de grandeur.

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Le ministère de l'Intérieur conteste certaines estimations associatives. Dans une réponse à un député publiée en décembre 2024, il leur reproche des « méthodologies approximatives » et le fait d'« amalgamer l'usage de la force physique ou armée avec un usage illégitime de la force ».

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07

La loi de 2017 et les refus d'obtempérer

La mission parlementaire créée après la mort de Nahel Merzouk, tué à Nanterre en juin 2023, s'est penchée sur une loi, celle du 28 février 2017, dont la responsabilité est, écrit-elle, « très souvent pointée du doigt » dans l'évolution des tirs contre des véhicules en mouvement.

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Cette loi a créé un régime d'usage des armes commun aux policiers et aux gendarmes. Elle autorise le tir lorsque les agents ne peuvent immobiliser autrement un véhicule qui refuse de s'arrêter et dont les occupants « sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d'autrui », sous réserve d'absolue nécessité et de stricte proportionnalité.

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En septembre 2022, une étude de Sebastian Roché (CNRS) et de deux collègues dans Esprit concluait à cinq fois plus de personnes tuées par des tirs policiers visant des véhicules en mouvement entre 2017 et 2021 qu'entre 2012 et 2016.

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La mission de l'Assemblée nationale a refusé de trancher le lien de cause à effet. Ses deux rapporteurs, l'un de la majorité présidentielle, l'autre socialiste, constatent plus de tirs au total après la loi, mais rapportée aux refus d'obtempérer, la part donnant lieu à un tir est revenue dès 2019 à son niveau d'avant 2017 (0,6 à 0,7 %).

tirs par an, en moyenne, de policiers sur des véhicules en mouvement entre 2018 et 2022
156

contre 122 entre 2012 et 2016, avant la loi ; l'année 2017 a connu un pic exceptionnel

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Depuis, ces tirs ont nettement reculé : la police nationale en a déclaré 138 en 2022 et 87 en 2024. En 2024, aucun n'a tué. Pour 2022, deux chiffres officiels : treize tirs mortels selon l'IGPN, seize décès selon le ministère de l'Intérieur, dans sa réponse à la question écrite n° 549.

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Le cadre juridique est de nouveau en débat. Le 7 juillet 2026, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi qui instaure une présomption de légitime défense pour les policiers et gendarmes ayant fait usage de leur arme. Cette présomption « peut, à tout moment, être renversée par tout élément de preuve contraire ». À la date de ce texte, la loi n'est pas définitivement adoptée.

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À Nanterre, la question n'est pas encore la culpabilité du policier qui a tiré sur Nahel Merzouk, mais l'accusation elle-même. En juin 2025, deux juges d'instruction le renvoient devant une cour d'assises pour meurtre ; en mars 2026, la cour d'appel de Versailles écarte l'intention de tuer et le renvoie pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ; en juin 2026, la Cour de cassation annule cet arrêt, faute de justification. Deux juridictions ont répondu à la même question, voulait-il tuer, en sens contraire, et la troisième l'a renvoyée. Réexaminée le 29 septembre 2026, l'affaire attend une nouvelle décision de la cour d'appel de Versailles, annoncée pour le 24 novembre 2026 ; le policier reste présumé innocent.

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08

De l'autre côté :les policiers tués en service

En Nouvelle-Calédonie, le 15 mai 2024, un jeune gendarme mobile est tué par des assaillants armés, aux premiers jours des violences. Des policiers et des gendarmes meurent aussi en service.

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Aux États-Unis, selon le FBI, 53 policiers ont été tués par un agresseur en 2025, dont 43 par arme à feu, contre 64 l'année précédente. Les morts accidentelles, surtout sur la route, sont comptées à part.

policiers américains tués volontairement de 2021 à 2024
258

le plus grand nombre sur quatre années consécutives, selon le FBI

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En France, le message du ministre de l'Intérieur pour la Journée de la police nationale, en juillet 2026, évoquait 39 agents de la police nationale morts en mission ou en service depuis 2021, sans distinguer les agressions des accidents, et environ 1 100 policiers blessés chaque mois. Côté gendarmerie, l'IGGN dénombre en 2024 deux militaires morts à la suite d'une agression et 3 162 gendarmes blessés.

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09

Ailleurs, un autre ordre de grandeur

En Angleterre et au pays de Galles, quatre. C'est le nombre de personnes tuées par balle par la police en 2025-2026, selon l'IOPC, l'organisme indépendant qui publie chaque année les morts survenues pendant ou après un contact avec la police. S'y ajoutent 15 morts sur la route liées à la police, 27 en garde à vue ou à sa suite, et 67 suicides apparents après une garde à vue, une catégorie absente des décomptes français cités ici. L'organisme note que les troubles psychiques, la drogue et l'alcool reviennent souvent dans ces décès.

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En Allemagne, la statistique officielle des tirs policiers relève 16 personnes tuées par balle en 2025. L'année précédente, avec 21 morts, avait marqué le plus haut niveau depuis le début du recensement national. Au Canada, aucune administration ne tient de décompte national ; un projet universitaire, Tracking (In)Justice, recense 745 morts lors d'un usage intentionnel de la force entre 2000 et 2023.

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Hors des pays riches, l'échelle change encore. Au Brésil, selon le 20e Annuaire brésilien de la sécurité publique, 6 602 personnes sont mortes lors d'interventions policières en 2025, l'année la plus meurtrière de la série. Les victimes sont à 97 % des hommes, et les jeunes Noirs de 20 à 29 ans y meurent 3,5 fois plus que les Blancs.

DIN DATApar million

Personnes tuées par balle par la police, pour un million d'habitants (ordre de grandeur, dernière année connue)

États-Unis
2025
3,4
France
2024
0,4
Allemagne
2025
0,2
Angleterre et pays de Galles
2025-2026
0,06
◆

Comparer ces pays ne donne qu'un ordre de grandeur, car les méthodes de comptage diffèrent. Mais l'écart traduit d'abord deux réalités matérielles opposées. En Grande-Bretagne (Angleterre, pays de Galles et Écosse), les policiers patrouillent sans arme à feu : seules des unités spécialement formées sont armées. Aux États-Unis, où circulent plus d'armes civiles que d'habitants, toute doctrine policière repose sur l'hypothèse qu'un contrôle routier ou un appel nocturne peut tourner au face-à-face armé. Rapportée à sa population, la police américaine tue par balle environ huit fois plus que les forces françaises, plus de quinze fois plus que la police allemande, et une cinquantaine de fois plus que celle d'Angleterre et du pays de Galles.

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Ce qu'un total ne dit pas

Les sources officielles dépendent de ce que les services déclarent, et les bases des journalistes de ce que la presse a rapporté. Là où la presse locale se tait, et là où un service tarde à déclarer, une mort peut ne laisser aucune ligne.

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Les blessés restent mal comptés, et le règlement du fichier français dit pourquoi : une blessure n'y entre que si elle vaut au moins neuf jours d'incapacité totale de travail et qu'une enquête judiciaire a été ouverte. En 2024, l'IGPN y recense 1 585 déclarations d'usage du lanceur de balles de défense, le LBD, et une seule personne blessée par cette arme, contre 20 en 2023. Ce que le fichier ne retient pas n'existe pas dans la statistique.

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Un blessé n'entre dans aucun décompte de morts, mais il montre qui écrit la première version. Paris, 21 novembre 2020 : le producteur de musique Michel Zecler est frappé lors d'une interpellation dans son studio, une scène filmée par une caméra de vidéosurveillance, et il y survit. Selon la Défenseure des droits, le procès-verbal rédigé par les policiers « ne rend pas fidèlement compte » de l'intervention. Trois policiers doivent être jugés du 9 au 19 novembre 2026 par la cour criminelle départementale de Paris, pour violences volontaires aggravées et pour faux en écriture publique ; le caractère raciste de l'agression a été écarté par les juges d'instruction.

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La base du Washington Post date de 2015, le recensement officiel français de 2018. Avant eux, une partie de ces morts n'apparaissait dans aucune statistique. Minneapolis a eu son verdict, Nanterre sa mission parlementaire ; les autres morts figurent, au mieux, dans un décompte.

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En France comme aux États-Unis, ces chiffres n'existent que parce que quelqu'un a décidé de les compter.

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