Besoin d'aide. Si vous êtes concerné par une consommation de drogues, pour vous ou pour un proche, Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13, tous les jours de 8 h à 2 h, gratuitement et anonymement. Devant une personne inconsciente ou qui respire mal, appelez le 15 ou le 112. La naloxone et les lieux de délivrance sont en fin d'article.
Une overdose, ou surdose, est une intoxication aiguë par une ou plusieurs substances, drogues illicites ou médicaments. Avec les opioïdes, en cause dans la majorité des décès, la substance se fixe sur les récepteurs du cerveau qui commandent la respiration automatique : le souffle ralentit jusqu'à s'arrêter, privant le cerveau d'oxygène. C'est pourtant une mort que l'on sait renverser : la naloxone, un antidote qui bloque ces récepteurs et relance le souffle, peut l'empêcher si elle est administrée à temps, rappelle l'Organisation mondiale de la santé.
Alors pourquoi en meurt-on encore par dizaines de milliers ? La réponse dessine une société. Il y a un marché : un laboratoire a vendu un opioïde comme moins addictif que les autres, puis la rue a pris le relais avec des produits toujours plus puissants. Il y a la solitude : aux États-Unis, entre 2022 et 2024, trois morts par overdose accidentelles ou d'intention indéterminée sur quatre sont survenues sans témoin, là où personne ne peut tendre l'antidote. Il y a des soins qui manquent : dans le monde, moins d'une personne sur dix qui aurait besoin d'un traitement de la dépendance aux opioïdes le reçoit, selon l'OMS.
Ceux qui en meurent sont surtout des hommes, autour de la quarantaine, des deux côtés de l'Atlantique. Au pic de 2022, 107 941 personnes sont mortes d'une overdose aux États-Unis. C'est moins que l'alcool, qui y tue environ 178 000 personnes par an selon le CDC, mais l'overdose tue jeune. Partout, on les compte tard ; en France, on les compte mal.
OxyContin :la promesse d'un comprimé
La première des trois vagues que décrit le CDC a un nom de marque. Dans les années 1990, Purdue Pharma lance l'OxyContin, un antalgique opioïde présenté comme moins exposé au risque de dépendance grâce à sa libération prolongée. Il devient vite, selon la Cour suprême des États-Unis, le médicament narcotique de marque le plus prescrit du pays. Entre 1999 et 2019, rappelle la Cour, environ 247 000 Américains sont morts d'une overdose d'opioïdes de prescription.
En 2007, une société affiliée à Purdue plaide coupable d'un crime fédéral : avoir présenté l'OxyContin, de façon trompeuse, comme « moins addictif » et « moins sujet aux abus » que d'autres antidouleurs. Des milliers de procès civils suivent, intentés par des particuliers, des familles et des gouvernements. Entre 2008 et 2016, la famille Sackler, propriétaire de l'entreprise, en retire environ 11 milliards de dollars, les trois quarts de ses actifs.
En 2020, Purdue plaide de nouveau coupable. Aucun Sackler n'a été poursuivi pénalement, ni par l'État fédéral ni par les États, note la Cour suprême.
en majorité grâce à l'OxyContin, selon la Cour suprême des États-Unis
sur 8,3 milliards de sanctions et de confiscations affichées ; ce paiement, comme le reste, dépend du plan de faillite
L'entreprise s'était déclarée en faillite en 2019. Son premier plan protégeait les Sackler de toute poursuite civile sans l'accord des victimes ; chacune, avec sa famille, en aurait reçu entre 3 500 et 48 000 dollars, selon le juge Kavanaugh, qui le défendait. La Cour suprême le rejette le 27 juin 2024, par cinq voix contre quatre. Le 18 novembre 2025, un juge des faillites de New York approuve un nouveau plan de 7,4 milliards de dollars : la famille quitte l'entreprise, qui doit devenir une société détenue par une fondation à but non lucratif.
Héroïne, puis fentanyl :la rue prend le relais
La deuxième vague commence en 2010 avec l'héroïne, la troisième en 2013 avec les opioïdes de synthèse, surtout le fentanyl fabriqué illégalement. Selon le CDC, environ 806 000 personnes sont mortes d'une overdose d'opioïdes entre 1999 et 2023.
La troisième vague est la plus meurtrière : en neuf ans, les morts liées aux opioïdes de synthèse sont multipliées par plus de vingt, jusqu'à 73 838 en 2022. Utilisé à l'hôpital comme analgésique et anesthésique, le fentanyl est cinquante à cent fois plus puissant que la morphine, selon l'OMS : les trafiquants l'ajoutent à l'héroïne ou le vendent sous forme de comprimés contrefaits imitant des médicaments sur ordonnance, sans que l'acheteur sache ce qu'il prend. Il agit vite et provoque en peu de temps une dépression respiratoire, écrivent les chercheurs du CDC.
D'où vient ce fentanyl ? Depuis 2019 environ, plus de la Chine, d'où il arrivait jusque-là, mais du Mexique. Il y est fabriqué en cachette par des cartels, au premier rang ceux de Sinaloa et de Jalisco Nouvelle Génération, à partir de produits chimiques achetés en Chine, selon le Service de recherche du Congrès américain.
Le produit change encore. La xylazine, un sédatif vétérinaire non autorisé chez l'homme et sans antidote connu, est détectée dans une part croissante des morts au fentanyl illicite : 2,9 % en janvier 2019, 10,9 % en juin 2022, dans les 21 juridictions suivies par le CDC. La naloxone, elle, ne peut pas renverser la sédation qu'elle provoque.
| Vague | Produit | Début | Premier chiffre de la série du NCHS | Sommet | Dernier chiffre définitif |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | opioïdes de prescription (naturels et semi-synthétiques, catégorie du NCHS) | années 1990 | 4 867 morts en 2003, début de la série | 14 495 en 2017 | — |
| 2 | héroïne | 2010 | 3 036 en 2010 | 15 482 en 2017 | 2 743 en 2024 |
| 3 | opioïdes de synthèse | 2013 | 3 105 en 2013 | 73 838 en 2022 | 47 735 en 2024 |
Morts par overdose aux États-Unis, 2010-2025 (CDC/NCHS ; 2025 : estimation provisoire de mai 2026)
mortsLe saut le plus brutal date de 2020, première année de la pandémie de Covid-19 : de 70 630 morts en 2019 à 91 799 en 2020.
Cette mort ne frappe pas au hasard. En 2024, selon le NCHS, elle touche surtout les hommes, dont le taux est plus du double de celui des femmes, et les adultes de 35 à 44 ans. Les Amérindiens et les autochtones d'Alaska sont les plus atteints. En février 2025, le CDC rappelait que l'overdose restait la première cause de mort des Américains de 18 à 44 ans.
Mourir seul, à portée d'antidote
La scène, le plus souvent, est un logement. Sur près de 192 000 morts par overdose accidentelles ou d'intention indéterminée reprises par le CDC de 2022 à 2024 dans 46 États et à Washington, plus de 144 000 sont survenues sans témoin. Plus d'une fois sur deux, la personne était seule chez elle : quand on consomme seul, les secours arrivent trop tard, ou pas du tout.
Le moment, lui aussi, est connu. L'OMS range parmi les facteurs de risque la reprise des opioïdes après une longue abstinence, au sortir d'un sevrage, d'un traitement ou d'une incarcération. *À la sortie de prison, une méta-analyse publiée en 2010 dans Addiction trouve un risque de mort liée à la drogue au moins trois fois plus élevé dans les deux premières semaines que dans les dix suivantes.*
C'est là que l'antidote bute. L'OMS recommande de confier la naloxone aux témoins potentiels. Aux États-Unis, la FDA a autorisé le 29 mars 2023 un spray nasal sans ordonnance ; en France, des kits sont délivrés en pharmacie, certains sans ordonnance, et près de 30 000 ont été commandés en 2023 selon l'OFDT, cité par Le Quotidien du pharmacien.
La baisse, et ce qui sauve
Après vingt ans de hausse, la courbe se retourne. En 2024, 79 384 Américains meurent d'une overdose, et le taux recule de 26,2 % : pour les hommes comme pour les femmes, la plus forte baisse annuelle en dix ans. Elle touche tous les âges, et d'abord les plus jeunes. Le CDC cite parmi les causes la distribution massive de naloxone, un meilleur accès aux traitements et les changements du marché des drogues illicites.
Le chiffre de l'année civile, à retenir pour 2025 : troisième année de baisse consécutive, estimation provisoire publiée en mai 2026
Un compteur sur douze mois glissants, mis à jour chaque mois : environ 11 % de moins que sur les douze mois précédents, signe que la baisse se poursuit en 2026 ; données provisoires au 4 octobre 2026
Les traitements de substitution divisent la mortalité. Une méta-analyse publiée dans le BMJ en 2017 trouve, chez les personnes dépendantes aux opioïdes, une mortalité toutes causes environ trois fois plus faible pendant un traitement par méthadone qu'en dehors. Le maintien en traitement réduit fortement le risque de mort, y compris par overdose, concluent les auteurs. En France, environ 171 000 personnes ont reçu un traitement par agonistes opioïdes en 2024, selon l'OFDT.
| Mortalité toutes causes, pour 1 000 personnes par an (Sordo et al., *BMJ*, 2017) | Pendant le traitement | En dehors |
|---|---|---|
| Méthadone | 11,3 | 36,1 |
| Buprénorphine | 4,3 | 9,5 |
Il y a aussi les haltes soins addictions, ouvertes à Paris et à Strasbourg en 2016 pour consommer sous supervision. Selon l'évaluation de l'Inserm en mai 2021, leurs usagers font moins d'overdoses, d'abcès et de passages aux urgences. L'Inserm ne relève aucune dégradation de la tranquillité publique, et les seringues abandonnées autour du site parisien ont été divisées par trois.
Europe :la menace des nitazènes
| Estonie (TAI, d'après ERR) | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|
| Morts par overdose | 80 | 113 | 100, dont 42 liées aux nitazènes |
| Hommes parmi les morts, 2021-2024 | 262 sur 332 |
À l'échelle de l'Union, le European Drug Report 2026 de l'EUDA compte au moins 7 600 morts par overdose en 2024, un chiffre que l'agence présente comme un minimum. Les opioïdes restent la première cause des overdoses mortelles, parmi les cas analysés, le plus souvent associés à d'autres produits. La cocaïne gagne du terrain : elle est impliquée dans environ un quart des décès, d'après les vingt pays qui ont fourni des données sur deux ans.
C'est sans commune mesure avec les États-Unis, pourtant moins peuplés que l'Union. Les deux ne comptent pas exactement la même chose : la comparaison donne un ordre de grandeur, pas un rapport exact.
France :des morts comptées au minimum
En France, le médicament qui soigne la dépendance figure aussi parmi ceux qui tuent. La méthadone est impliquée dans 280 décès en 2024, soit 3,9 pour 1 000 personnes traitées ; la buprénorphine dans 58, soit 0,6 pour 1 000. Les décès liés à l'héroïne poursuivent leur forte baisse, ceux liés à la cocaïne diminuent, ceux liés à la kétamine, aux cathinones et à la MDMA augmentent. Les nitazènes, eux, n'ont fait qu'un mort recensé.
Au total, l'enquête DRAMES de l'ANSM a inclus 718 décès en 2024, la plupart directement causés par les produits, les autres par une chute, une noyade ou un traumatisme. Les victimes sont des hommes dans 79 % des cas, et leur âge moyen est de 39 ans. Plus de six sur dix meurent chez elles.
Ces chiffres sont des minimums. Quand un médecin soupçonne une overdose, il pose un obstacle médico-légal, et le résultat de l'autopsie revient rarement au registre des causes de décès tenu par l'Inserm, qui perd ainsi de nombreux cas.
ANSM, 2024 ; l'enquête repose sur des toxicologues et des légistes volontaires
contre 425 dans les enquêtes DRAMES et DTA, pourtant incomplètes ; OFDT
estimation de l'OFDT, début des années 2000
Dans le monde
| Qui compte | Ce qui est compté | Ce qui est exclu | Délai |
|---|---|---|---|
| États-Unis, NCHS (CDC) | tous les empoisonnements par drogues ou médicaments : accidentels, suicidaires, criminels ou d'intention indéterminée | — | estimations provisoires sur douze mois glissants à environ quatre mois ; chiffres définitifs plus d'un an après |
| Union européenne, EUDA | overdoses mortelles recensées dans l'Union | — | rapport de juin 2026 sur 2024, présenté comme un minimum |
| France, enquête DRAMES (ANSM), définition alignée sur l'EUDA | décès signalés par des toxicologues et des légistes volontaires, analyses toxicologiques à l'appui | suicides, homicides, intoxications médicamenteuses sans antécédent d'abus | résultats 2024 parus en juin 2026 |
| France, registre du CépiDc (Inserm) | causes inscrites sur les certificats de décès | les cas en obstacle médico-légal dont l'autopsie ne revient pas | — |
À l'échelle de la planète, l'OMS estime qu'environ 600 000 morts étaient attribuables à l'usage de drogues en 2019, dont près de 80 % liées aux opioïdes, et qu'environ 125 000 personnes sont mortes d'une overdose d'opioïdes cette année-là. Une overdose d'opioïdes reste pourtant une mort qu'un antidote peut arrêter, à condition que quelqu'un soit là.
Besoin d'aide ?
Si vous êtes concerné par une consommation de drogues, pour vous ou pour un proche, Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13, tous les jours de 8 h à 2 h. L'appel est gratuit et anonyme. Le site drogues-info-service.fr propose aussi un service de discussion en ligne.
La naloxone, antidote des overdoses d'opioïdes, est disponible en pharmacie, certaines présentations sans ordonnance. Face à une personne inconsciente ou qui respire mal, appelez le 15 ou le 112, même si de la naloxone a été administrée.



